Visitez l’appartement au temps de Victor Hugo

"6 place Royale" en 1824
Reloué après le départ de la famille Hugo, transformé plus tard en salles de classe, l’appartement de la place des Vosges a subit bien des métamorphoses. La distribution des pièces a été modifiée, la majeure partie du mobilier a été dispersée, en 1852, lors de la vente provoquée par le départ en exil. Documents conservés au musée ou témoignages de visiteurs nous permettent cependant de retrouver l’atmosphère du lieu au temps de Victor Hugo.

Les hôtes de Victor Hugo - comme Charles Dickens - nous ont laissé de rares descriptions de l’appartement de la place des Vosges, alors place Royale, n’évoquant son décor que pour servir de toile de fonds au récit de leur rencontre avec le maître. Leurs témoignages, concernant principalement les pièces de réceptions, se confortent ou se contredisent parfois entre eux.
Plusieurs documents nous permettent, malgré quelques incertitudes, de retrouver la topographie et la destination des pièces qui a d’ailleurs changée avec le temps. Le principal est le mémoire du frotteur Guignon, conservé par le musée, qui entretenait les parquets mais aussi les tapis, les meubles, réalisait de travaux de tapisseries, accrochait les tableaux, etc. De très nombreuses factures figurant dans les archives du musée permettent aussi d’entrer dans le détail de la vie domestique de la famille Hugo, tout en évoquant l’activité commerçante du quartier.
Certains détails – cheminée de la salle à manger, meubles « gothiques », goût pour les tapisseries, mariage de tissu et de clous de cuivre – annoncent déjà le décor de Hauteville House.

L’escalier de l’hôtel de Rohan-Guéménée a vraisemblablement été modifié dans la seconde moitié du XIXe siècle. A l’époque de Victor Hugo, le palier de l'entrée donnait au milieu de l'actuelle antichambre (1) et laissait la place immédiatement sur la gauche à une cuisine (11) sur la cour intérieure.

  • Plan de l'appartement au temps de Victor Hugo

    Plan de l'appartement au temps de Victor Hugo

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Dès l’antichambre le goût de Victor Hugo se manifeste : deux grands coffres, plâtres, médaillons de cuivre, tableaux, gravures… Guignon en dénombre jusqu’à quatre-vingt en décembre 1840, date à laquelle on installe entre la porte de la cuisine et celle du salon, une console en acajou pour présenter de l’orfèvrerie.

De là, on accède au salon des cuirs (2) qui donne sur la place. Orné de cuirs vernis, à l’exception d’un mur que recouvre sur toute sa hauteur une tapisserie médiévale, il offre, entre les fenêtres, un poêle et un grand buffet-armoire Moyen Age sculpté ; en face on trouve un banc à dossier, de même style, ainsi qu’une étagère entre les deux portes du corridor et du grand salon. Les meubles regorgent de vases et de porcelaines, une panoplie d’armes anciennes y est accrochée. Enfin des portières de damas rouge puis un plafond du même tissu posé en 1837 achèvent ce décor. En novembre 1840, cette pièce est transformée en salle à manger lorsque Mme Hugo installe sa chambre; on recouvre alors d’un vieux tapis persan le sol de marbre.

  • Ecritoire de Mme Hugo, 1ère moitié du XIX siècle.

    Ecritoire de Mme Hugo, 1ère moitié du XIX siècle.

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Ce premier salon est séparé de la salle à manger (3) côté cour, par un corridor. Celle-ci comporte une cheminée de carreaux de faïence historiés… Victor Hugo créera le mêm type de cheminée pour la salle à manger d’Hauteville House. Ces deux pièces et le couloir se partageaient l’espace de l’actuel salon rouge.

Longeant la façade où court un long balcon – aujourd’hui disparu –  on accède ensuite au grand salon qui communique avec le couloir, par une porte sur l’arrière, (condamnée en novembre 1840). Le sol est recouvert d’un immense tapis et les murs tendus du fameux damas rouge dominant dans la demeure. Sur le mur, face à l’entrée, la cheminée enveloppée d’une tapisserie garnie de clous dorés est entourée de placards dont les portes sont dissimulées sous des tentures de soie précieuses, à fond rouge à droite et à fond bleu à gauche. Pour mobilier, des consoles de bois doré, un divan de bois sculpté et le fameux grand canapé surmonté du « dais du dey » – selon le jeu de mot de Théophile Gautier – bannière ottomane provenant de la prise d’Alger, offert au poète par le lieutenant Eblé. La rumeur perfide fait de ce canapé à baldaquin le « trône » de Victor Hugo régnant sur l’école romantique qui se presse dans ce salon. Les portraits d’apparat ornent ce lieu de réception : le buste en marbre de David d’Angers sur son piédestal tendu de soie rouge et orné de clous dorés, Mme Hugo peinte par Louis Boulanger, le maître de maison avec son fils François-Victor par Auguste de Châtillon, le Général Hugo en pied, Léopoldine par Dubufe. En juillet 1837, on y accroche la toile de Saint-Evre, Inez de Castro, que le duc et la duchesse d’Orléans viennent d’offrir à Victor Hugo. C’est surtout ce grand salon qu’évoquent les visiteurs, énumérant les membres du cénacle romantique, les artistes, écrivains, hommes politiques et personnalités qui s’y pressent.

Sur l’arrière, dans l’aile en retour, à l’inverse de la circulation actuelle, un couloir situé le long du mur, éclairé de petite fenêtre comme cela s’observe encore aux autres étages, dessert les chambres qui donnait sur la cour.

Mme Hugo occupe la première jusqu’à ce qu’en 1840, elle la laisse à Léopoldine et ne s’installe avec Adèle dans l’ancienne salle à manger. Elle est occupée par Léopoldine de 1840 à son mariage en 1843, avant de revenir à Adèle (6). Elle comporte une croisée sur la cour et une cheminée, on y trouve un piano.

La pièce voisine (7) est mal documentée. Chambre de Léopoldine et d’Adèle (?) est-elle attribuée aux garçons, Charles et François-Victor, en 1840 (?) Elle communique semble-t-il avec un cabinet (8) dont on peut imaginer qu’il ait été la chambres des fils avant 1840 (?).

On situe ensuite dans la pièce à deux croisées, le cabinet de travail de Victor Hugo (9)  et dans la dernière, sa chambre (10) qui donne sur un petit escalier. Ces deux pièces, chauffées chacune par une cheminée sont emplies d’objets dont le poème des Voix intérieurs, A des oiseaux envolés, garde le souvenir. Le sol du cabinet de travail, de carreaux bruns et de parquet est recouvert de tapis, des rideaux vert et or encadrent les vitraux historiés qui filtrent la lumière. Une glace historiée en bois sculptée surmonte un divan de damas vert, sur la table est posée une boussole dite de Christophe Colomb, portant la date 1489 et l’inscription La Pinta.

Dans la chambre, les murs et la porte sont tendus de damas rouge, une tapisserie sert d’alcôve. En 1837, on fixe au plafond, une peinture, vraisemblablement Le Moine rouge d’Auguste de Châtillon, où un religieux en flamboyante robe rouge lit une bible allongé près d’une femme nue qui lui sert de lutrin.